Assemblée nationale : Faut-il encore prolonger le mandat des députés ?

Une fois n’est pas coutume, dit-on souvent ! Rappelons que le mandat des députés de l’Assemblée nationale est arrivé à terme, en décembre 2018. Il a été prolongé de six mois. C’est bien cette prolongation qui arrive à son tour à expiration, le 30 juin 2019.

La question qui se pose aujourd’hui est de savoir si le gouvernement du Mali va s’enfermer dans cette pratique ou si au contraire il va cette fois-ci gouverner par ordonnances.

Sans être homme de droit, un constitutionnaliste, il nous semble établi que la Constitution du pays reste muette sur la question. Nous lisons seulement dans l’article 64 de ladite Constitution qui nous dit ceci: «Tout mandat impératif est nul.» Il convient donc de constater que si l’on s’en tient au mutisme de la Constitution, la première prolongation s’avère illégale et donc l’Assemblée illégitime. La prolongation arrive à terme pendant que les législatives n’ont pas encore été tenues. Plus exactement, le 30 juin, le mandat prolongé des députés arrive à terme. Il n’ya pas encore d’élection législative en vue.

Que faire donc face à ce vide dans lequel l’absence de législatives a bien plongé notre Assemblée ? Deux (02) solutions s’offrent au gouvernement du Premier ministre Boubou Cissé pour la poursuite de ses programmes d’action gouvernementale:

– La première consiste à prolonger pour la deuxième fois consécutive le mandat déjà révolu des députés. Dans ce cas de figure, l’Assemblée nationale opérera dans l’illégalité totale. Par là, on aura une Assemblée dotée d’un mandat impératif. Puisque ça rapporte de l’argent que les patriotes se taisent !

– La deuxième alternative que le gouvernement pourrait être amené à choisir c’est de gouverner par ordonnances. Dans ce cas, la gestion des affaires relèvera du seul vouloir des serviteurs de la République que sont les ministres haut-perchés. Cela comporte le fort risque de conduire les gouvernants à agir à leur guise. Et comme ce sont les hommes qui font et défont les lois, il y a fort à parier que le gouvernement de Boubou Cissé va recourir aux politiciens en mal de crédibilité pour la raison toute simple que ce sont eux qui ont mis le pays à genou en refusant de s’en tenir aux lois de la République.

En recouvrant à cette classe politique dénuée de toute crédibilité, le Premier ministre se mettra dans l’optique de gérer nos affaires avec une Assemblée constituante. Il y a donc le risque de fouler aux pieds les normes essentielles de la démocratie à savoir les lois de la République.

A cet effet, il convient d’avertir que la morale ne peut être efficace sans le secours essentiel des lois. Comme pour dire que les discours ne sont pas en mesure, à eux seuls, de reformer les mœurs. La loi doit être le bâton essentiel de commandement démocratique.

Lisons à cet effet ces propos d’une éminence grise de la Grèce antique: «Les hommes obéissent bien mieux à la nécessité qu’à des paroles, à des châtiments qu’à des représentations. La loi seule a le pouvoir de les contraindre. On prend en aversion les hommes lorsqu’ils contredisent les passions, mais on ne hait point la loi».

Le moins que l’on puisse dire aujourd’hui c’est qu’il y a le risque majeur de voir les mêmes têtes amuser la galerie au lieu de travailler pour une refondation de la République.

Charles Bukowski disait à juste titre: «Le problème avec le monde c’est que les gens intelligents sont pleins de doutes, alors que les imbéciles sont pleins de certitudes.» Il est temps de renouveler profondément cette classe politique qui n’est plus que l’ombre d’elle-même, incapable d’insuffler une dynamique nouvelle dans la refonte de la gestion de nos affaires.

On ne peut opérer aucun changement véritable avec les mêmes hommes qui se remplacent aux différents postes à responsabilité et à l’Assemblée depuis la chute de Moussa Traoré. L’avenir du Mali en dépend essentiellement !

Tout compte fait, l’illégitimité de notre Assemblée ne fait plus aucun doute. Il est temps d’opérer des changements profonds. Il y va de l’avenir de nos enfants qui ont payé le prix fort de l’avènement de la démocratie pluraliste dans notre pays.

Fodé KEITA

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Source : Maliweb

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