Mambry : Le sacrifice des femmes pour la survie des déplacés, victimes de pratiques esclavagistes dans le Kaarta

Les familles qui ont fui l’arrondissement de Séféto, dans le Kaarta, où ils sont persécutés car refusant de se soumettre à des pratiques esclavagistes, reconstruisent progressivement leur vie à Mambry. Pour ce nouveau départ, les quelques 500 femmes et jeunes filles du camp font d’énormes sacrifices. Elles aident les hommes dans tous le processus de construction du nouveau village.
Le village de Mambry, cercle de Kita, reçoit depuis six mois des esclaves révoltés du Kaarta. Plus de 900 familles ont fui la menace d’une offensive des nobles, “horon en bambara”, pour trouver refuge à Mambry où elles ont été bien accueillies. Depuis leur arrivée, ces familles tentent de reconstruire leur vie grâce aux soutiens des autochtones, des autorités administratives et des personnes de bonnes volontés. Mais, les déplacés sont eux-mêmes très engagés. Aux côtés des hommes, les femmes et les jeunes filles consacrent d’énormes sacrifices pour rebâtir un village nouveau.

Depuis leur arrivée, en fin décembre 2018, les 500 femmes et jeunes filles du camp s’activent pour soutenir les hommes, moins nombreux, souvent âgés ou blessés à cause des persécutions subies dans le Kaarta.

Elles participent à la recherche de pailles, d’eau et la préparation des moules pour la fabrication d’adobe (briques en terre crue) devant servir à la construction des maisons. Elles aident également à l’élévation et la finition des maisons. Les jeunes filles peignent, seules, les chambres à l’aide d’argile et de colorant. Concomitamment, elles s’occupent de la cuisine et des enfants.

Les femmes, passerelle d’une intégration réussie

L’une des préoccupations les plus durables dans le nouveau village de Mambry concerne la faible présence d’adduction d’eau et le manque d’électricité. C’est notamment pour cette raison que les organisations locales et la chefferie du village d’accueil ont pris en main une grande partie de la réponse humanitaire. Par pure nécessité, les habitants de Mambry, sous la houlette du chef de village, Baye Diakité, ont commencé à participer activement à cette réponse et, par là-même, à se métamorphoser en agents du changement. Ils appuient les femmes des déplacés dans le transport d’eau potable jusqu’au camp, mais aussi dans la recherche de partenaires pour financer un forage au centre du camp.

“Nous avons entendu que derrière le fleuve, dans le Kaarta, les pratiques esclavagistes existent encore, mais cela ne nous concerne pas. Nous savons tous que l’indépendance a mis fin à l’esclavage et la démocratie plus encore. Puis ce conflit est arrivé, et il a tout chamboulé. Ils (les déplacés) ne pourront plus retourner en arrière et tout effacer d’un revers de la main. Le vivre ensemble est à jamais perdu. Il fallait que nous les aidions donc à s’installer ici”, confie Adama Diakité, porte-parole du chef de village de Mambry, improvisé en soutien, conseiller et guide des femmes du camp. “Aujourd’hui je connais les femmes et les filles du camp comme ma famille. Cette interaction forcée avec des personnes que je n’aurais jamais rencontrées a complètement changé ma vision. Je les oriente vers où trouver de quoi nourrir le camp et je récupère pour elles des sacs de mil et de maïs qu’elles cuisinent pour leurs familles”. Mieux, pour faciliter le pont entre les femmes autochtones et les femmes déplacées, le porte-parole Diakité a initié des rencontres hebdomadaires dans le village. C’est l’occasion pour celles-ci de mieux se connaitre, d’échanger et de tisser des liens d’amitié. “Ces rencontres nous permettent d’oublier ce qu’on a vécu dans le Kaarta », dit Oumou Fofana, la quarantaine, une des déplacées. Elle ajoute : “c’est vrai que nous avons souffert avant de venir ici. Mais depuis notre arrivée, nous nous sommes fixées comme objectif de vivre heureux. Cela ne se gagne pas en attendant tout de nos maris, mais en faisant le plus gros du travail”. Mariam Fofana, soixante-quatre ans, estime que le déplacement de plus de 900 personnes est historique et que les femmes ne doivent jamais manquer de rentrer dans l’histoire. “C’est pourquoi, depuis le début de cette histoire, nous les femmes, nous nous sommes promis de soutenir nos maris dans l’honneur et la dignité. Ce combat, nous ne le faisons pas pour nous, mais pour nos ancêtres et notre descendance”, précise Mme Fofana.

Des engagements reconnus à juste titre

“Depuis notre arrivée ici à Mambry, nos femmes souffrent plus que nous. Ce sont elles qui se sacrifient le plus dans les chantiers. Elles participent à tout le processus”, témoigne Bakaou Fofana, le plus âgé du camp. Il affirme aussi que ce sont elles qui nourrissent tous le camp. “Lorsqu’on quittait nos domiciles, nous avons tout abandonné : champs, greniers, ustensiles pour cuisine, etc. Mais, depuis notre arrivée, personne n’a fin. Les femmes font du miracle, avec le peu de soutien que nous glanons çà et là, elles parviennent à rassasier tout le monde”, précise l’octogénaire, formulant, en larmes, des bénédictions à l’endroit des femmes du camp. Il n’est pas le seul. Balla Fofana, un autre chef de famille du camp, témoigne sa reconnaissance aux femmes sans lesquelles, dit-il, “leur vie serait un enfer à Mambry”.

Aujourd’hui, pour poursuivre dans ce combat pour la dignité et l’honneur, les femmes des déplacés s’organisent pour faire, ensemble, des activités génératrices de revenus. Elles veulent assurer l’autosuffisance alimentaire dans leurs familles, envoyer et maintenir leurs enfants (filles et garçons) à l’école.

Sory I. Konaté

(Envoyé spécial à Mambry)

Source : aBamako

aBamako

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