Immersion au sein de l’Opération Barkhane dans le Gourma Malgré des incursions parfois meurtrières, l’insécurité perd du terrain à Gossi et environs

Pendant trois jours, du 25 au 27 juin, l’équipe de reportage du journal « L’Indépendant« , composée de Massiré Diop et Yaya Kanitao, a suivi le quotidien de ces soldats français, sur la plateforme opérationnelle désert de Gao, la grande base militaire française au Mali et dans la commune de Gossi, dernier né des camps avancés temporaires, sorti des sables depuis janvier 2019.

Pour cette mission, nos reporters devaient porter en permanence un équipement de protection balistique lourd et être prêts à chaque instant. C’est sur le terrain, en partageant la réalité de leur quotidien au plus près, que l’on peut comprendre la détermination de ces soldats engagés en opération extérieure sous des chaleurs caniculaires et capables de faire face à toutes sortes d’attaques. Cela, même après plusieurs heures passées à rouler dans un véhicule blindé.

Insécurité permanente

Ainsi, après une journée passée à faire le tour de la base de Barkhane, à Gao, l’équipe de reportage s’est rendue le lendemain, mercredi 26 juin, à Gossi. Ce véritable carrefour commercial, situé sur la Route Nationale 16, sur l’axe Bamako-Gao, a failli être transformé en sanctuaire par les terroristes de l’EIGS. Ces derniers, qui ont été chassés de la région de Ménaka grâce aux coups de boutoir des soldats français, en collaboration avec les FAMAs et la participation des combattants de la Coalition MSA/GATIA, ont élu domicile dans le Gourma. Sur place, ils ont voulu faire régner la même folie meurtrière qu’au début de leur arrivée à Ménaka.

Preuve de cette insécurité qu’ils ont imposée dans le Gourma Rharous, la quasi-totalité des sous-préfets des neuf communes du cercle ont abandonné leur lieu d’affectation. Seul le sous-préfet de Gossi, Boubacar Sangaré est à son poste. Il ne doit son maintien qu’à la sécurité que lui assurent quelques éléments de la Garde nationale, soutenus par les militaires français de l’Opération Barkhane. Signalons aussi que l’arrivée de notre équipe de reportage à Gossi intervient une semaine après que 10 militaires maliens, parmi lesquels le fils du Secrétaire général de la mairie de Gossi, aient été tués au cours d’une embuscade près du village de EbangImalan, relevant de la commune de Gossi.

Belle collaboration avec les Anglais

Le transport des troupes de Barkhane, de Gao à Gossi, est assuré par les hélicoptères Chinook britanniques de la Royal Air Force [RAF].

Déployés au Mali depuis juillet 2018, ces appareils, au nombre de trois, ont déjà à leur actif plus d’une cinquantaine de missions opérationnelles au cours desquelles ils ont transporté plus de 83 tonnes de fret et plus de 1.155 militaires français, représentant environ plus de 100 heures de vol en moyenne par mois. Ce détachement de la RAF, basé à Gao, compte 93 aviateurs (pilotes, mécaniciens, logisticiens), placés sous les ordres du lieutenant-colonel Roberts. Pour accueillir les 3 CH-47D Chinook, il a fallu aménager une plateforme de 17.000 m² et construire des abris modulaires pour les opérations de maintenance et la protection des appareils.

Chaque appareil de ce genre peut transporter jusqu’à 4 tonnes de fret ou 34 soldats de Gao vers des » sites isolés« . Des chiffres en-deçà des performances annoncées de cet appareil… Ils sont aussi très utiles dans les conditions climatiques qui prévalent dans cette partie du territoire malien marqué par des fortes chaleurs.

A Gossi, le déplacement à l’intérieur de la ville se fait à travers les Véhicules Avant-Blindés (VAB). Ils sont actuellement 150 engins de ce genre à être déployés au Mali. Entrés en service en 1976, ces véhicules ont la capacité de transporter divers types d’armes, dont des mitrailleuses de gros calibres. Simples, très mobiles, les VAB peuvent être adaptés aux emplois les plus divers. Aptes aux déplacements stratégiques grâce à une autonomie de 1.200 km, ils sont aérotransportables.

L’équipage du VAB peut être composé de 10 combattants. En raison de leur obsolescence, ces véhicules sont sur le point d’être remplacés par d’autres plus performants. Pour l’heure, ces VAB permettent en tout cas aux militaires français de se déplacer en minimisant les attaques perpétrées essentiellement par des engins explosifs improvisés.

Des actions civilo-militaires pour soutenir la population

Outre les actions engagées par Barkhane pour lutter contre le terrorisme dans le Gourma, les militaires français s’investissent énormément à travers des actions civilo-militaires (CIMIC) dans le but de créer les conditions favorables à un retour à la vie normale pour les populations de cette zone.

Ainsi, parmi les projets de Barkhane, visités par l’équipe de reporters, figurent l’établissement scolaire Bocar Toure, unique école de second cycle de la ville, fondée en 1993. La clôture de cette école n’était jusqu’alors protégée que par des buissons d’épines qui servaient d’abris aux serpents et à toutes sortes de reptiles dangereux. Et, les élèves avaient tout le loisir de fuir à la moindre inattention de l’enseignant.

L’action de Barkhane a consisté en la construction d’un mur de clôture en béton d’un montant de plus de 20 millions de FCFA. Outre ce mur de clôture, Barkhane a également remis des livres et d’autres kits scolaires aux élèves.

Visiblement très satisfait de la présence de Barkhane, le Directeur de l’établissement scolaire, M. Alassane Maïga a profité de la présence du commandant de la force, le Général Frédéric Blachon, venu expressément de Ndjaména (Tchad) pour la circonstance, pour lui soumettre quelques doléances. Lesquelles sont relatives, notamment, à l’électrification de l’école qui a même une salle informatique, dont les machines sont inutilisables faute d’électricité, une adduction d’eau, la construction de latrines et la mise à disposition de poubelles.

Par ailleurs, l’école manque aussi cruellement de professeurs de sciences naturelles. Le commandant de la Force Barkhane a pris bonne note de toutes ces doléances, en promettant qu’il va contribuer à régler certaines d’entre elles grâce à l’équipe CIMIC dirigée par le commandant David.

La générosité de Sœur Anne-Marie Salomon pour soutenir les habitants de Gossi

Au cours des échanges avec le personnel administratif de l’école, le Général Blachon a aussi été informé du travail réalisé en faveur de Gossi par Sœur Anne-Marie Salomon, une religieuse très appréciée pour son engagement humanitaire. Depuis la crise de 2012, celle-ci n’a pu revenir dans cette ville mais garde toujours des liens très particuliers avec ses habitants. C’est ainsi qu’à travers son association dénommée « les Amis de Gossi« , elle a pu mettre en place un centre de santé qui réalise plus de 15.000 consultations par an ainsi que 300 accouchements.

Elle y a formé un personnel local très compétent et dévoué à la tâche. Bien qu’elle ne soit plus sur place, elle continue d’aider les jeunes de la ville afin de bénéficier de bourses pour leur permettre de poursuivre leurs études et revenir servir leur terroir. Comparée à Mère Teresa par les habitants de Gossi pour ses actions, malgré son éloignement, elle poursuit son assistance aux personnes vulnérables.

Des projets phares pour la ville

Le deuxième projet phare réalisé par Barkhane depuis son installation à Gossi, en janvier dernier, c’est surtout la prise en charge entière d’un ancien puits ne contenant plus qu’un peu d’eau croupie et un grand nombre de serpents. Aujourd’hui, ce puits profite à plusieurs quartiers de la ville ainsi qu’aux nomades de passage durant le jour de la foire, le dimanche. Barkhane a également effectué des travaux de réfection du toit de la mairie de Gossi pour un montant d’un million de FCFA.

L’autre grand projet de Barkhane à Gossi a consisté en la construction d’une pirogue au profit de l’école de TinkaTila, située de l’autre côté du lac de Gossi. Grâce à cette nouvelle pirogue, livrée depuis le mois de mai dernier, 50 écoliers font la traversée gratuitement, mais également, l’argent, gagné à la faveur de son utilisation par les populations, permettra d’acquérir de nouveaux kits scolaires et du mobilier pour les classes de TinkaTila.

Il y a lieu de signaler que ces projets de Barkhane sont développés en lien avec le sous-préfet de Gossi, M. Boubakar Sangaré. Lequel a aussi eu à superviser plusieurs dons de nourriture effectués par le CIMIC au profit de la population et la mise en place des » journées de salubrité » organisées par l’association des femmes pour améliorer la propreté de la ville.

Le commandant de la Force Barkhane a insisté sur le fait que la première mission de l’Opération c’est d’abord la lutte contre le terrorisme. Toutefois, elle profite de son implantation dans la zone du Gourma pour agir dans le but d’améliorer significativement les conditions de vie des populations. C’est d’ailleurs la même démarche qu’elle a adoptée à Ménaka qui est sur le point de redevenir un havre de paix.

Comme à Ménaka, il a promis que l’AFD viendra dans les tout prochains jours pour proposer des projets d’envergure avec des montants plus conséquents. Pour lui, ces initiatives visent en fait à isoler de plus en plus les groupes terroristes afin que la population ne les considère plus comme un recours. Il s’est dit très conscient du danger que courent certains, désireux de collaborer pleinement avec les forces loyales, tout en assurant que Barkhane ne les laissera pas tomber. Il a aussi salué le travail effectué par la MINUSMA dans la zone, notamment dans la réhabilitation de la mare de Gossi. Selon lui, la présence de Barkhane dans la zone est une très mauvaise nouvelle pour les terroristes, qui seront bientôt obligés de se chercher un autre refuge. Il a assuré que la force Barkhane n’a pas la vocation de rester indéfiniment au Mali et que le jour où l’armée malienne sera capable d’assurer seule la sécurité de son territoire, les soldats français quitteront le Mali. Tout en précisant que c’est sur la demande du gouvernement malien que les soldats français sont présents.

S’agissant de la collaboration avec certains groupes impliqués dans le processus de paix, le Général Blanchon a indiqué que cela doit répondre à trois critères. Lesquels sont la reconnaissance par ces groupes des frontières actuelles du Mali, la reconnaissance de l’autorité de l’Etat et le fait qu’ils acceptent de se soumettre au droit des conflits armés.

Même si la population de Gossi demeure très éprouvée par l’insécurité instaurée par les terroristes, la présence de Barkhane rassure. De plus en plus, en raison des opérations qu’elle mène avec l’armée malienne et les groupes armés impliqués dans le processus de paix, l’intensité et la fréquence des attaques ont considérablement baissé dans le Gourma.

Envoyés spéciaux Massiré DIOP et Yaya Kanitao

Source: l’Indépendant

Source : aBamako

aBamako

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