Alioune Ifra N’diaye, auteur du livre “on ne nait pas Banyengo, on le devient” “Garder pour soi sa réflexion est une forme d’égoïsme… je crois qu’il faut une vraie vision de la culture au Mali”

L’opérateur culturel, Alioune Ifra N’Diaye, est l’un des grands hommes qui vont avancer la culture malienne. Impliqué dans le domaine culturel malien depuis plusieurs années, M. N’Diaye, qui a lancé plusieurs jeunes talents maliens du monde de la culture, est aussi un écrivain. Dans l’entretien qui suit, l’auteur nous parle son livre ” On ne nait pas banyengo, on le devient “, ainsi que son point de vue sur la culture malienne aujourd’hui.

Aujourd’hui-Mali : Bonjour, pouvez-vous nous présenter votre ouvrage “On ne nait pas banyengo, on le devient” ?

Alioune Ifra N’Diaye : Ce livre démontre comment le manque de citoyenneté est la principale énergie de la crise que traverse le Mali aujourd’hui. Pour moi, cette crise est une crise de la citoyenneté et je suis étonné de voir que la citoyenneté ne soit pas posée au cœur des solutions de sortie de crise. C’est cette réalité qui m’a motivée à écrire ce livre. C’est un livre fiction dans lequel je livre ma propre réflexion sur la situation actuelle du pays avec des propositions d’actions pouvant nous aider à nous en sortir.

Dans votre ouvrage vous insistez sur la question de système généralisé des petits arrangements privés, alors pourquoi vous tenez autant à cette problématique ?

La solidarité aujourd’hui au Mali est basée, entre autres, sur la famille, le frère et l’ethnie et cela fait que les gens continuent d’appliquer cette pratique de solidarité dans un fonctionnement moderne qui a abouti à des petits arrangements. C’est pourquoi je dis souvent que le Mali n’est pas un pays corrompu, mais seulement les Maliens n’ont pas su réadapter leur solidarité et c’est ce qui nous amène dans cette situation.

Et la meilleure manière d’en sortir rapidement c’est d’inventer une solidarité moderne pour pouvoir nous permettre de sortir de ces petits arrangements et d’établir des règles de base qui soient à la base de tout fonctionnement. C’est pourquoi j’insiste énormément sur cette question.

Il ne faut pas que les Maliens s’accrochent à ces définitions des occidentaux. Nous avons une histoire, il faut qu’on comprenne l’évolution de cette histoire qui nous a amené à de tels dysfonctionnements pour pourvoir réinventer de façon moderne cette solidarité afin de sortir de ce système de petits arrangements. Par exemple, avec un mécanisme moderne de solidarité, si quelqu’un fait un accident de circulation et qu’on l’amène à l’hôpital, on ne chercherait pas à savoir qui sont ses parents pour payer l’ordonnance avant le prendre en charge par ce qu’on évitera les petits arrangements et pensera au plus important qui est la santé, voire la vie du malade et autrement il risque de perdre la vie faute d’intervention médicale rapide.

Vous parlez aussi de “horonya” dans votre livre. Dites-nous ce que vous voulez faire comprendre par ce mot ?

Comme je le dis, on ne nait pas horon, “noble ou bon citoyen”, on le devient. Pour moi, la horonya se construit et cette construction doit être pensée. Elle doit être moderne. Je pense qu’il y a des actions qui sont en train de se mettre en place timidement pour aboutir à un vrai programme national afin que des solutions structurelles interviennent pour construire durablement le Horonya et j’ai espoir que ce travail se fera très bientôt

Nous apprenons à travers le livre que vous êtes un entrepreneur culturel, alors quel est votre regard de la culture malienne et quels sont vos rapports avec les hommes de la culture ?

La culture malienne à un meilleur potentiel, mais elle n’est malheureusement pas assez organisée pour participer comme il le faut au dynamisme de développement du pays. Je pense que les autorités doivent offrir les moyens nécessaires à ce secteur pour que tout le potentiel qu’il regorge puisse aider le pays à avancer. Il faut une vraie vision de la culture au Mali. Quant à ma collaboration avec le monde artistique, elle se porte très bien. J’aide énormément des artistes dans beaucoup de domaines, notamment la musique, le théâtre, la photographie et l’écriture. J’ai formé des artistes qui sont devenus des grands aujourd’hui et j’en suis fier. C’est un devoir pour moi.

Avez-vous d’autres projets d’écriture ?

J’ai des projets de nouveaux spectacles et de films donc naturellement je dois écrire. Je pense qu’en tant qu’homme de la culture, je serais toujours appelé à écrire car la production intellectuelle passe toujours par l’écriture.

Pourquoi le choix de devenir écrivain ?

Vous savez, mon support d’expression c’est d’abord l’audiovisuel et le spectacle vivant et cela passe toujours par l’écriture. C’était donc naturel que j’écrive afin de livrer mes réflexions au grand public par l’écriture. Je me suis dit que garder pour soi sa réflexion est une forme d’égoïsme car à travers notre réflexion nous pouvons proposer des solutions qui peuvent résoudre des problèmes pour le bonheur de tous. Ce qui est la meilleure manière de participer à la construction d’un meilleur Mali, d’une meilleure Afrique et d’un meilleur monde. C’est en ce sens-là que je produis littérairement.

Réalisé par Youssouf KONE

Source : aBamako

aBamako

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