Soumeylou Boubèye Maïga à la journée de réflexion sur le dialogue politique inclusif au Mali : “L’Asma-Cfp participera au Dialogue politique inclusif sans préalable, sans tabou ni condition”

Le Parti Alliance pour la solidarité au Mali-Convergence des forces patriotiques (Asma-Cfp) a décidé de participé au Dialogue politique inclusif souhaité par le président Ibrahim Boubacar Kéïta pour examiner en profondeur la situation du pays et y proposer des solutions  appropriées.  En prélude à ce forum, l’Asma-Cfp, durant la journée du samedi 24 août 2019, a tenu à réunir ses militants à l’hôtel Radisson pour échanger sur les difficultés liées aux réformes politiques et institutionnelles, à la gouvernance territoriale et aux problèmes sécuritaires du Mali.

Durant la journée préparatoire du Dialogue politique inclusif organisée par l’Asma-Cfp, les débats ont porté sur les thèmes : “Réformes politiques et institutionnelles”, “Régionalisation et gouvernance territoriale” et “Enjeux géopolitiques de la crise au Sahel et en Afrique”. Ces thèmes, ont espéré les responsables de l’Asma-Cfp, bien assimilés par la classe politique, seront un atout pour la réussite du Dialogue politique inclusif. La journée a été une réussite avec 500 participants comprenant des militants de l’Asma-Cfp, des représentants des partis signataires et non signataires de l’Accord politique de gouvernance, de la société civile, des organisations du système des Nations Unies, de l’Union européenne, de l’Usaid  et des Missions diplomatiques présentes au Mali.

La journée de réflexion, aux dires du président de l’Asma-Cfp, Soumeylou Boubèye Maïga, avait pour objectif de permettre aux participants de cerner les difficultés liées aux réformes politiques et institutionnelles, à la gouvernance territoriale et aux problèmes sécuritaires que vit le Mali pour une participation active au Dialogue politique et inclusif. “Nous avons voulu la journée comme une journée de réflexion, un moment d’échange non seulement entre membres du Parti,  mais aussi avec d’autres citoyens qui appartiennent oui ou non à des partis parce que les échéances que nous préparons sont des échéances qui intéressent  l’ensemble des citoyens. Les thèmes traités durant la journée sont des thèmes qui, parmi tant d’autres, vont  soutenir la réflexion pendant le Dialogue politique inclusif, dialogue auquel l’Asma-Cfp participera sans préalable, sans tabou ni condition, parce qu’au lendemain des élections présidentielles, tout le monde avait reconnu qu’il y avait un déficit de consensus et de confiance. D’après les uns et les autres, il était donc important de trouver un cadre dans lequel nous pouvons nous parler dans un consensus sur les grandes questions du pays sans remettre en cause les principes démocratiques […]”, a soutenu Soumeylou Boubèye Maïga.

Au cours de la journée, les participants et les conférenciers ont eu à échanger sur trois thèmes “Réformes politiques et institutionnelles” développé par Dr. Mohamed Traoré (directeur général de l’ENA, “Régionalisation et gouvernance territoriale” exposé par Ousmane Sy (ancien ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation) et “Enjeux géopolitiques de la crise au Sahel et en Afrique” présenté par Soumeylou Boubèye lui-même.

A l’issue de la journée, une Commission technique fera une synthèse des débats afin de produire un document sur les 3 thèmes afin de le remettre aux autorités en charge du Dialogue politique inclusif comme apport des Partis ayant participé à la Journée de réflexion.

“La permissivité, l’absence d’institutions étatiques ont fait qu’il y a une sorte de duplication territoriale”

Chargé d’exposer le thème “Enjeux géopolitiques de la crise au Sahel et en Afrique”, le président de l’Asma-Cfp, Soumeylou Boubèye Maïga “SBM” (spécialiste du sujet), dans sa présentation, a expliqué que depuis la crise de 2012, la situation  nationale du Mali est impactée par l’environnement régional, sous régional et international. Ila rappelé que depuis 2018, il y a eu une expansion des activités terroristes dans le Sahel en Afrique de l’Ouest et qui ont largement débordé pour s’étendre dans des pays comme la Côte d’Ivoire avec l’attentat de Bassam en 2016, le Bénin, le Togo, le Ghana et la RD Congo. A ses dires, à partir de juin 2019, il a été recensé plus de 581 actions de violences attribuées aux organisations liées à la mouvance terroriste dans le Sahel et ses satellites comme le regroupement Ançardine, Front de libération du Macina, Ançaroul-islam, Etat islamique, Boko Haram. Ces 581 actions ont été recensées dans une zone qui va du Lac Tchad jusqu’au Sud l’Algérie et qui s’ajoute à l’ensemble du Sahel et les pays côtiers au Sud du Sahel comme le Ghana, la Côte d’Ivoire, le Bénin, le Togo et le Nigéria. Il a dit qu’au rythme actuel, ce corridor va devenir un corridor d’instabilité et de violences contre les sites étatiques, les populations et les forces gouvernementales nationales et étrangères.

“Les acteurs de ces violences (le regroupement Ançardine, Front de libération du Macina, Ançaroul-islam, Etat islamique du grand Sahara, les provinces africaines de l’Etat islamique, l’Etat islamique en Afrique centrale, Boko Haram, les milices d’autodéfense, les gangs régionaux au Nigéria), structurent la géopolitique régionale. Et dans cette réalité, il y a une imbrication de facteurs structurels permanents qui favorisent l’existence de l’action de ces mouvements en plus d’autres facteurs liés à l’évolution de la géopolitique. Il y a 4 blocs de facteurs  qui se dégagent. Terrorisme ou pas terrorisme, il y a des facteurs structurels qui sont permanents dans le Sahel. Il y a la stratégie des groupes terroristes, il y a l’économie des trafics, il y a les enjeux extrarégionaux considérés comme intérêts non africains pour la région”, a-t-il indiqué.

D’après SBM, les grands espaces du Sahel sont une zone grise d’économie non formelle avec des trafics de produits alimentaires, espace de transite de la drogue. “Le Sahel est une zone de conflictualité généralisée. Parce que la fragilité des systèmes démocratiques, l’immensité et le sous peuplement du Sahel, la pauvreté, l’absence de ressources naturelles avérées ou exploitées a fait qu’il y a une concentration d’indicateurs socioéconomiques négatifs sur la très grande majorité de la population.

 La permissivité, l’absence d’institutions étatiques ont fait qu’il y a une sorte de duplication territoriale. Ce n’est pas le pouvoir de l’Etat qui s’exerce dans ces zones. Il y a une sous administration structurelle qui fait que les gens ne savent pas dans quel Etat ils sont. Dans toutes les zones, il y a des rébellions répétitives de revendications identitaires par rapport aux Etats, une instrumentalisation des différentes identités.” a-t-il expliqué.

Et toujours SBM de faire comprendre que : “Du Nord au Centre du pays, la mise à l’écart de l’action publique est liée à leurs appartenances communautaires. Ce qui a été instrumentalisé et exploité en tant que tel. Ce qui a amené une militarisation de la société civile, une lutte de contrôle des circuits économiques de trafic et qui se sont criminalisés au fur et à mesure. Il y a collision entre les groupes maffieux impliqués dans la criminalité dans cet espace. […] Compte tenu du fait que la population de la zone est majoritairement musulmane et en chômage, le Sahel est apparu comme un réservoir de recrutement et de base  pour les groupes terroristes. […]”, a-t-il développé.

“Plus des 30 % de la cocaïne qui partaient en Europe passaient par le Sahel”

Il a révélé que l’espace du Sahel est devenu une zone de collision des groupes maffieux. Et plus des 30 % des cocaïnes qui partaient pour l’Europe passaient par le Sahel. “A tel point que les populations ont commencé à prendre conscience que leur territoire avait une valeur marchande importante. Il y a eu une explosion de création de fractions dans les 2008-2009-2010 parce que chaque fraction contrôlait un territoire avec un élément de création de richesses qui était le transit de drogue sur le territoire qui rapportait de l’argent. L’action des groupes maffieux est devenue une menace stratégique majeure pour nos sociétés et pour la cohésion sociale […].

La 2e menace stratégique a été la récupération par les mouvements affiliés aux groupes terroristes des fonctions protestataires et revendicatives dévolues aux partis politiques et aux syndicats. Ils sont devenus les porte-paroles de la société. Les associations islamiques ont récupéré les fonctions dévolues aux partis politiques. Ce qui fait qu’elles sont devenues une menace stratégique pour la société et les institutions. Quand il y a eu le rassemble contre le Code de la famille en 2008, le discours qui était tenu allait au-delà du Code de la famille. Donc, petit-à-petit, les associations islamiques ont récupéré les fonctions qui reviennent aux partis politiques et aux institutions politiques. Ce qui fait qu’elles sont devenues des menaces stratégiques pour nos sociétés et pour nos institutions démocratiques” a dit le président de l’Asma-Cfp.

Toujours selon lui : “La 3e source de menace stratégique est le contrôle des trafics de drogue qui rapporte, selon les études, 5 millions de dollars par mois, soit à peu près 3 milliards F CFA par mois. Les revenus nets de la vente de ces drogues pour l’Etat islamique est de 2 millions de dollars par mois, soit un peu plus d’un milliard F CFA. Dans la région du Lac Tchad, l’Etat islamique contrôle le commerce du charbon, du poisson, du Bourgou. La carte de violence du Burkina s’est étendue jusqu’à sa frontière avec le Bénin. […] Le triangle Bénin-Burkina-Niger en passant par Ménaka est devenu une zone de trafic contrôlée par les groupes terroristes. Ce qui fait la violence dans la zone de Ménaka ne finit pas. Et ce sont les communautés de ces zones qui sont recrutés pour faire passer les produits de trafic. Et ceux qui ont fait allégeance soit à Aqmi, soit à l’Etat islamique, exercent la violence sur les autres populations pour pouvoir imposer une économique illégale en faisant passer les produits et le trafic des migrants vers la Libye qui passent par une partie du territoire malien, de la Mauritanie, de l’Algérie, du Maroc. Pour la drogue, c’est la même chose”, a-t-il expliqué.

                            Siaka DOUMBIA

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Source : Maliweb

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