59e anniversaire de l’indépendance du Mali (1960-2019) : Voici ce que disait déjà Fily Dabo Sissoko en 1958

Le Mali célébrera le dimanche 22 septembre prochain le 59e anniversaire de son accession à l’indépendance. Face aux falsificateurs de l’histoire politique toujours en activité, nous vous proposons la déclaration de Fily Dabo Sissoko à l’heure du choix à propos du referendum de 1958 en faveur de l’indépendance du Mali. Mais hélas son rêve n’a pu se réaliser par la faute de ses adversaires politiques qui deviendront son bourreau six ans après soit le 12 février 1964.

Depuis l’avènement de la démocratie dans le pays en 1991, tout a été mis en œuvre par les falsificateurs de l’histoire contemporaine du Mali pour faire comprendre à la nouvelle génération que Fily Dabo Sissoko a été toujours contre l’indépendance du Mali. Mais nos fouilles dans les archives nous ont permis de retrouver les propos du premier Député du Soudan-Niger portant sur l’heure du choix à propos du referendum sur l’indépendance du Mali, parus un journal « la Vérité » du lundi 25 Août 1958. Il nous revient suite à des témoignages recueillis le RDA dirigé par Feu Félix Houphouet Boigny était le chef d’orchestre de la campagne contre l’indépendance des Etats de l’AOF. Du coup l’US RDA a bénéficié du soutien matériel et financier. Et c’était pour la première fois les habitants de Bamako voyaient des véhicules transporter des baffles. Ce qui explique la brouille entre Feu Sékou Touré et Feu Félix Houphouet Boigny. On comprend maintenant pourquoi le PSP a été dissout par Modibo Keita et la campagne de harcèlement qui en est suivie. C’est dire donc le Mali devrait fêter ses 60 ans ‘indépendance si le Mali avait accédé à l’indépendance en 1958 comme en compagnie de la Guinée.

Voici pour vous les propos de Fily Dabo Sissoko à l’heure du choix à propos du referendum publié dans le journal « La Vérité » du lundi 25 Août 1958.

‘’ Pour les territoires d’outre-mer, a dit le Général De Gaulle, le choix est entre la fédération et la sécession ’’ paru dans le Monde No 4214 des 10 et 11 Août 1958. Cette déclaration a été largement commentée par la Presse. Elle a le mérite de la clarté et nous place « à nos risques et périls » en face de nos responsabilités. Elle ne saurait nous laisser indifférents. C’est presque un dictat imposé dans un domaine où le libre choix est de rigueur et où le pragmatisme aborne la volonté du souverain. Épictète, esclave de son état, connut cette alternative et la résolut par un non acquiescement serin, au milieu de terribles souffrances. Comme Epictète, advienne que pourra, nous refusons d’acquiescer à l’injonction du Général De Gaulle. Voici pourquoi : Certes, nous savons comme d’autres, de science certaine

1) que dix ans après la promulgation de la déclaration universelle des droits de l’homme dans le salon des horloges, au Quai d’Orsay ;

2) à l’heure où le monde entier collabore à l’édification du Palais de l’UNESCO sur la place au nom hautement évocateur de Fontenoy ;

3)qu’à l’heure où le N.A.T.O, provisoirement installé à Chaillot, œuvre à la protection du monde occidental et à la préservation de la paix, nous savons, dis-je, qu’en ce milieu du XXe siècle, l’indépendance(en termes absolus), à deux ou trois exceptions près, est un leurre.

Cela acquis, le mot sécession, à moins qu’on ne veuille rappeler ce qui s’est passé aux USA de 1860 à 1865, crise aigue au cours de laquelle A. Lincoln donna dans sa plénitude, l’image d’un homme d’Etat qui se vide de contenu. La Hongrie l’a Hongrie l’a éprouvée, et les jérémiades venues de tous les azimuts du monde, n’ont pu empêcher l’assassinant d’Imre Nagy. Le Général De Gaulle a donc introduit dans la controverse un facteur qui ne saurait, en toute bonne logique, y trouver place.

Comment en est-il venu là ?

Nous pensons découvrir les prémisses dans la révolution du 13 Mai dernier. En effet, sous la plume de Paul Leriche, dans un compte rendu littéraire, nous lisons ceci : « Voici le premier témoignage et il d’importance, étant donné la personnalité de son auteur, et le rôle qu’il joua sur cette révolution du 13 Mai à Alger qui a marqué la fin de la IVe République. Le Directeur de ‘’l’Echo d’Alger’’ situe le ‘’glas du système’’ le 8 Février 1958, jour où quelques unités des forces aériennes françaises détruisent des positions tunisiennes occupées par les forces du F.L.N dans la bourgade de SAKIET (CF. la révolution du 13 Mai par Alain de Sérigny Plon, éditeur) » paru dans Jours de France No 194 du 2 août 1958, page 28. Paul Leriche poursuit : « Survirent les ‘’Bons Offices’’ de MM. MURPHY et BEELEY et les patriotes d’Alger redoutèrent alors à juste titre une intervention de l’ONU. Dès lors, leur seul objectif fut de faciliter par tous les moyens l’accession au pouvoir du Général De Gaulle, le seul homme capable de sauver une seconde fois le pays’’. Ainsi nous sommes bien fixés. Les ‘’patriotes d’Alger’’ justifient SAKIET. Ils récusent les ‘’Bons Offices’’ par crainte de l’ONU. Ils profitent du discrédit où est tombé le Parlement pour abattre le ‘’Système’’. Ils en tirent fierté pour une fois avoir réussi leur dessein. Car les historiens nous enseignent que dans un passé tout récent, il y a eu de leur part trois tentatives malheureuses animées du même esprit : Risque de Coup d’Etat pour sauver des privilèges. De ce faisceau de considération, toutes choses étant égales, le peuple algérien n’est-il pas en droit de réclamer son indépendance ‘’par tous les moyens ?’’ Malgré tout, si le Général De Gaulle n’a pu ou voulu mettre un terme à l’activité des ‘’Comités de Salut Public’’, il a tout de même manifesté l’intention de faire les choses dans la légalité. Ce souci de légalité ou d’apparence de légalité a conduit directement le Général De Gaulle au Référendum veut le plébiscite. Nous n’y sommes pour rien. En toute bonne logique, on devrait donc nous demander de répondre par oui ou par non comme c’est la règle en pareil cas.

Alors d’où et comment est venue cette idée de sécession ?

Là- dessus, le Général De Gaulle a sans doute des intentions en nous présentant le dilemme : Fédération ou sécession. Car on nous avertit qu’il a longuement insisté sur le mot de sécession qui, selon lui, comporte de graves conséquences pour ceux qui le préféreraient et d’abord la perte de l’aide de la Métropole paru dans le Monde No 4214. Ce conditionnel rappelle Catherine de Médicis : Diviser pour régner. Pour ce qui nous concerne, notre choix est fait. Ce choix comporte implicitement des considérations d’ordre politique, social et économique, d’ordre même international car nous tenons à faire entendre désormais des voix authentiquement africaines partout où cela s’avère nécessaire à l’heure atomique.

De ces considérations ici, nous ne retenons que la défense de la paix et non des considérations économiques. ‘’L’agression, écrit le Général Pierre Gallois n’est manifestement stupide que si le parti attaqué possède les moyens nécessaires à la riposte paru dans Réalités No 151, p.14. L’un de ses moyens sans nul doute, est la disposition d’espaces propres à l’évolution de bombardiers à long rayon d’action ; un autre, la mise hors de portée de l’agresseur, de points de départ d’engins téléguidés. De tels espaces existent. Nous en sommes pourvus sous ou tout autour de l’une des pinces du ‘’homard stratégique’’. Nous en sommes conscients. Nous savons que le SHAPE ne pourrait rayer notre semi- continent sur ses diagrammes.

Que viendrait faire la sécession là- dedans ?

Toutefois ce sont les considérations d’ordre économique qui paraissent avoir été retenues par le Général De Gaulle, les seules en tout cas mentionnées par la Presse. Nous estimons comme le Général De Gaulle, qu’elles méritent d’être prises en considération. En vertu de ce principe, nous sommes nombreux à penser que le Marché commun pourrait fort bien être une résurgence du ‘’Pacte de Berlin(1885). Ce qui requiert de nous l’attention la plus vigilante. Le trafic linéaire s’opposant à l’industrialisation qui a fait son temps. Ses séquelles qui subsistent encore ne peuvent que disparaitre. Nous sommes nombreux à penser que le problème du Sahara nonobstant l’O.C.R.S, ne sont résolus que provisoirement (et en partie) et que qu’ils nécessiteront impérativement des accords multi- partitifs desquels on ne pourrait nous exclure. D’autant plus que le pacte de SAN-Francisco (l’ONU), par son existence même, exclut désormais toute formation de ‘’parcs nationaux’’ tels que c’était l’usage naguère en certains pays. Nous avons notre mot à dire sur le FIDES, œuvre admirable déviée de son cours normal. Ces considérations ont leur importance que nous ne méconnaissons pas. Mais à les mettre en pointe pour créer des défaillances dans nos rangs ou pour tout autre motif, c’est nous ravaler au niveau végétatif des peuples dont l’idéal se situe à l’échelon des jouissances matérielles sans ouverture sur ce autre idéal qui vibre sur le monde du XXe siècle et qui en constitue vraiment le pari : la soif d’indépendance qui anime tous les peuples. Nul ne saurait donc ni ne pourrait nous détourner de notre destin. Et quand on nous brandit des menaces de privations sous les yeux, nous avons la réplique immédiate, puisée dans nos proverbes de la terre, héritage d’antiques des générations. La voici : Mieux vaut succomber de privations que d’être sustente par celui qui vous le rappelle à tout propos. Nous ne serons pas surpris. Mais tout au contraire nous dirons que ce sera là le moindre mal. La misère ne nous effraie point. Nous savons par ailleurs que les juristes ont introduit le génocide dans le droit international. Au sujet de la fédération et de fédéralisme, depuis dix ans, nous n’avons cessé de rompre des lances. Le fédéralisme n’étant, à nos yeux dans sa forme classique et dans l’ensemble français, qu’une vue de l’esprit. A l’issue de nos discussions à Cotonou, nous avons retenu finalement à l’unanimité le terme de Confédération. Ce terme est l’ultime poussée de nos aspirations, une fois l’indépendance obtenue sans équivoque ni faux fuyant. ‘’ Auto-détermination, Fédération, Confédération, tout ça des mots a-t-on dit’’. Tout comme le peintre BUFFET lequel déclare qu’il n’est de peintre de femme que de REMBRANDT. Or l’exemple tout récent du Togo sans chercher ailleurs prouve que le mot Indépendance a un sens. Si les mots n’avaient pas un sens, un contenu lesquelles d’ailleurs qui évoluent, ils n’existeraient pas. L’essentiel c’est de s’entendre sur les définitions en vue. De toutes les définitions applicables à l’Union Française, retenons celle du Professeur Paul MUS, nous citons pour la mémoire « L’union française est comparable à un organisme vivant et doit être conçue en vertu des lois même de la vie, comme devant être en état permanent de désagrégation possible » paru dans Destin de l’Union Française. Sa validité réside dans l’agencement des organes, tout aussi essentielles les uns que les autres qui le constituent. L’harmonie de ces impacts fonctionnels est la solution à rechercher. A notre avis la confédération ouvre la porte à de telles perspectives. Ce n’est même pas une innovation car la constitution du 27 octobre 1946 l’admet sous la rubrique ‘’d’Etats Associés’’. Si cela est compris, le reste n’est qu’affaire de bon sens. Croire que nous manquons, c’est nous faire injure. Comme ce ‘’journaliste d’Outre- Rhin’’, nous ressentons vivement que la mort d’une démocratie est un fait douloureux et que sa fin atteint tous les hommes qui gardent au fond d’eux- mêmes la haine des régimes d’absolutisme (CF : Robert d’ARCOURT : Opinions allemands- Revue de Paris Août 1958, p.4). C’est en partie sous ce angle que nous voyons la suite des évènements issus du coup de force du 13 mai. Si nous disons Oui à la France, nous disons Non avec la rigueur à tout régime d’absolutisme. Or tout semble nous acheminer vers un tel régime. Le fait même d’interpréter par avance notre non possible comme une sécession en donne la preuve irrécusable. S’il en était ainsi, quel critère appliquerait-on aux Métropolitains décidés à dire Non ? Nous ne faisons pas mystère de notre NON car il est positif et murement réfléchi. Il rejoindra le NON d’autres démocrates soucieux autant que quiconque de la survie de la nation. Et nous ne serons pas seuls. Comment le peuple algérien pourra-t-il voter OUI sans contrainte alors que MESSALI HADJ et Ben Bella subissent le martyr et que les hommes tombent tous les jours ? Comment peut-on accepter des ‘’conditions particulières à Madagascar alors que l’amnistie totale a été refusée à quelques-uns des enfants de la Grande Ile. Ceux-là mêmes qui se trouvent précisément à la pointe du combat ? Nous de dirons rien de la départementalisation car les départements d’Outre- Mer en savent quelque chose au point de vue fiscal, économique et social. Le Général De Gaulle veut restaurer l’autorité de l’Etat. Il veut que cette autorité soit permanente sans fissure surtout en période de crise mettant le régime en danger. Le Général De Gaulle rappelle que G. Clemenceau s’était trouvé au bon moment en 1917. Lui c’était en 1940. Le Général De Gaulle rappelle avec émotion certaines confidences du Président A. Lebrun. De tels souvenirs émergent au ‘’fil de l’épée’’, hantent le Général De Gaulle. Il veut à tout jamais en abolir le retour. Mais la dictature républicaine, à la Camille limitée dans le temps et dans ses buts, ne lui suffit point. Il veut le plébiscite autour de son nom.

Sommes-nous en droit de dire Non sans pour cela être voués aux gémonies ?

Nous irons donc au Référendum. Mais notre oui ou notre non sera fonction de l’acceptation ou du rejet de ce chant spontanément sorti des gorges de tout un peuple : ‘’L’Indépendance, Nous voulons, l’Indépendance, Nous l’aurons !’’ Qui en douterait, n’aurait eu que des échos affadis des journées historiques de Cotonou.

Exergue

La France a accompli en Afrique une œuvre admirable. A quoi bon nier l’évidence ? Mais aujourd’hui elle affronte le pari du siècle, le vrai : la soif d’indépendance de tous les peuples. La loi-cadre de conception si aberrante dans son essence et si nocive dans ses résultats, postule néanmoins cet impératif. LA révolution des ‘’patriotes d’Alger du 13 Mai’’, un treize mai fatidique a achevé de le rendre immédiat. Si l’on veut tenir compte des ‘’réalités africaines’’, ce critère devient nécessaire et inéluctable. La France en vertu des principes mêmes de 1789 se doit de s’y engager.

Fily Dabo Sissoko, Député du Soudan, Ancien Ministre

Source : aBamako

aBamako

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