Poursuivre sans folklore et sans malice:

Sur un air de déjà vu, le Gouvernement, à travers le ministère public à ses ordres, a, dit-on, enclenché une croisade contre la corruption et la délinquance financière. Quoi de plus normal après le volée de bois vert des partenaires techniques et financiers suite au rapport rendant public le détournement de plus 740 milliards en 12 ans d’Etat de droit dit démocratique et soucieux de la bonne gouvernance. Aussi, fallait-il au pouvoir donner aux incontournables partenaires des gages de bonne foi et de bonne volonté.

Comme dans les belles années 1998-1999, le régime du Président KONARE dans la tourmente de la crise politique née des élections, celui de son ancien Premier ministre aujourd’hui locataire de Koulouba, a décidé d’entamer sa croisade en frappant les esprits, bruyamment ! Dans un contexte théâtral, des PDG, hauts cadres doublés de barons du régime sont sacrifiés et jetés en pâture à la clameur publique : Tiémoko MAIGA et Samba SOW… anciens PDG de la SOTELMA. La plus rocambolesque avait été l’arrestation de Drissa KEITA, PDG de la CMDT au moment même où le Mali fêtait en grande pompe sa production cotonnière record avec 520.000 tonnes de coton, faisant du pays le premier producteur au sud du Sahara et le second en Afrique, après l’Egypte. Pour ceux qui s’en souviennent, lors de cette fête, le Président KONARE était en verve, comme il sait le faire quand il veut le faire. Les éloges et surtout l’hommage vibrant du Pr2sident n’avaient pas manqué de faire fondre en larmes l’artisan de ce magnifique succès historique du Mali. Mais, c’était le baiser de la mort.
Soupçonné d’être candidat du MPR à la prochaine présidentielle, Drissa KEITA est embastillé. Tout comme aujourd’hui l’est Bakary TOGOLA après la magnifique campagne cotonnière et après les soupçons supposés ou réels d’ambitions à se porter candidat au nom des paysans.

Notre propos n’est pas de faire revivre à plus forte raison de réécrire l’histoire de la lutte contre la corruption suffisamment relatée dans nos colonnes depuis 20 ans. Nous voulons juste emprunter les mots de cet ancien Président de l’Assemblée nationale du Mali, afin d’éviter les erreurs du passé.
La lutte contre la corruption est un combat de longue haleine, une bataille stratégique où le folklore ne sied point. En effet, ceux qui crient à tous sont ripoux, devraient savoir qu’il ne suffit pas seulement d’arrêter et d’emprisonner un ou deux barons du régime, fussent-ils membres du parti présidentiel, de mettre ce fait en exergue, de crier haro sur les victimes expiatoires pour convaincre les honnêtes gens, les citoyens avertis et perspicaces, qu’il n’y aura pas d’intouchables dans la lutte contre la corruption et la délinquance financière.
Certes l’Etat de droit et l’imputabilité au service de la République ne s’accommodent pas d’intouchabilité.
D’intouchables qu’il n’y ait nulle part, d’aucun coté, à aucune hauteur. Tous les démocrates, et citoyens épris de justice et d’équité abhorrent qu’il y ait une justice à deux vitesses, des voleurs, des aigrefins, des intouchables qui narguent du haut de leur arrogance la misère du peuple. Ces gens-là, il faut les dénoncer, les débusquer et les remettre à la justice.
En attendant la réforme des immunités politiques qui affaiblissent le crédit et l’autorité de l’Etat, il faut aussi dénoncer l’instrumentalisation, à des fins inavouées, de la lutte contre la corruption qui ne doit pas servir d’alibi pour des règlement de compte politique, pour porter atteinte à l’honneur et la dignité des citoyens, pour humilier les personnes poursuivies, contrairement à la lettre et l’esprit de notre Constitution.
Article 9 : ‘’la peine est personnelle. Nul ne peut être poursuivi, arrêté́ ou inculpé qu’en vertu d’une loi promulguée antérieurement aux faits qui lui sont reprochés. Tout prévenu est présumé́ innocent jusqu’à ce que sa culpabilité́ soit établie par la juridiction compétente. Le droit à la défense, y compris celui de se faire assister par l’avocat de son choix est garanti depuis l’enquête préliminaire’’.
Article 10 : ‘’toute personne faisant l’objet d’une mesure privative de liberté́ à le droit de se faire examiner par un médecin de son choix. Nul ne peut être détenu pendant une durée supérieure à quarante-huit heures que par décision motivée d’un Magistrat de l’ordre judiciaire. Nul ne peut être détenu dans un établissement pénitentiaire que sur mandat délivré́ par un Magistrat de l’ordre judiciaire’’.
Or, comme on est en train d’assister, l’exposition à outrance dans les médias et sur les réseaux sociaux et à dessein de toutes les étapes de la procédure, viole cette garantie constitutionnelle et jette en pâture des citoyens qui sont, à la lettre et l’esprit de la Constitution, présumés innocents jusqu’à leur condamnation définitive.
Le ‘’Kokadjè’’, nous sommes favorables et intimement attachés, comme tous les Maliens. Pourvu que, même sous la pression des partenaires et de la rue, qu’on la mène avec la manière, sans folklore et sans malice. La corruption est un crime contre la pauvreté et la misère. Il faut bien récupérer les fonds détournés par les délinquants financiers, réintroduire ces fonds dans le circuit économique et financier et mettre hors d’état de nuire les voleurs, les aigrefins, les corrupteurs, les corrompus et délinquants financiers. Mais avec tous et à tous les niveaux.

PAR BERTIN DAKOUO

Source : aBamako

aBamako

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