G5 Sahel : l’armée française court le risque d’enlisement

Six ans après le début de l’opération Serval, puis Barkhane, la situation dans la région est toujours préoccupante. Dans le conflit, se mêlent considérations économiques, politiques et militaires.

Depuis l’engagement de la force Serval au Mali en 2013, la situation sécuritaire au Sahel reste toujours très tendue. Pour certains, elle est pire qu’il y a cinq ans. Dans un rapport sur la situation dans cette région publié par Alain Antil, membre de l’Institut français des relations internationales (Ifri), il y est dressé un diagnostic alarmant des pays de la région sur le plan de la sécurité que du développement. Le constat est le suivant : "Économies atones peu créatrices d’emplois, croissances démographiques vigoureuses, aides internationales souvent considérées comme des rentes et appareils de sécurité incapables de sécuriser les espaces nationaux et protéger la population".

Le Burkina Faso, pays le plus vulnérable

"D’abord, l’opération Serval a permis d’empêcher les djihadistes de descendre vers Bamako et de prendre une capitale qui leur aurait permis d’implanter un califat, type Daech au levant. En revanche, aujourd’hui, [elle constitue, ndlr] une forme plus diffuse de menace continue et permet de combattre les mouvements djihadistes ponctuellement, mais pas d’éteindre la menace totalement", expliquait le général Dominique Trinquand, l’un des conseillers Défense du président français, Emmanuel Macron.

Cette vision n’est pas partagée par les observateurs et la populations locale. Un observateur de la région, qui a souhaité conserver l’anonymat, fait un diagnostic inquiétant, en particulier au niveau sécuritaire. Pour lui, depuis l’intervention de Serval, "la situation s’est nettement dégradée: le conflit s’est étendu à toute la bande saharo-sahélienne, il y a aujourd’hui des attentats dans les grandes capitales de la région et les violences ethniques se sont multipliés". Un diagnostic alarmant qui pose la question de l’engagement français dans la zone. " L’adversaire au Sahel est beaucoup moins influent et moins létal. Par contre, il est fort possible que l’armée française ait une présence durable dans la région du fait qu’il n’y a pas d’alternative sécuritaire", pense l'observateur.

Violences interethniques au Sahel

La France joue un rôle majeur de bouclier dans la région et ce, même si les violences se diffusent, jusqu’à atteindre des pays côtiers, comme le Bénin. La présence de l’armée française empêche les djihadistes de s’emparer de capitales importantes et de sortir de la clandestinité. Mais aussi, "elle empêche les groupes armés, entre la région du Sahel et la Libye de faire le lien, ce qui serait dramatique pour toute la région" , affirme-t-il.

Le général Trinquand partage ce constat. Pour lui, un retrait des troupes est inenvisageable à l’heure actuelle. Il cite le risque de revenir à la situation pré-Serval, "c’est-à-dire que les djihadistes dans la région prennent une capitale ou établissent de manière transfrontalière un califat au Sahel. Il y a là un vrai risque, puisque s’installerait un État qui peut se développer vers l’extérieur. En effet, on voit qu’il y a déjà des connivences entre les menaces au sud-Sahara et les menaces autour du lac Tchad avec Boko Haram".

La fin du djihadisme passera par la lutte contre la pauvreté, selon Oxfam. Pour tous les observateurs, le retour à la stabilité passe nécessairement par le développement. Aujourd’hui, les États de la région ont perdu la main dans la plupart des zones rurales, où les djihadistes en profitent pour se substituer à l’État. Dans les zones désertiques du Mali, de la Mauritanie ou du Niger, "les taux d’analphabétisation, de chômage sont extrêmement élevés, sans parler de l’accès ultra-limité, sinon inexistant, aux soins médicaux", explique notre source. Il y a donc un travail de fond à effectuer pour que les États redeviennent ce qu'ils étaient et ce, sur l’ensemble de leur territoire.

Noël Ndong
Source http://www.adiac-congo.com

Source : aBamako

aBamako

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