Géopolitique internationale: l’Afrique a-t-elle besoin de la Russie ?

À l’heure du sommet Afrique Russie, qui s’ouvre ce 23 octobre 2019, les analystes s’interrogent sur d’éventuels intérêts d’une nouvelle coopération entre l’Afrique et le pays de Vladimir Poutine. Pour Niarga Diop, les Africains ont tort de vouloir sous-traiter leur sécurité. En effet, soutient-il, l’Afrique n’a pas compris que son seul salut c’est l’union vraie pour une Afrique unie. « Cette Afrique unie dans le domaine économique, militaire et politique ne laissera aucune possibilité aux puissances internationales de prospérer sur notre dos », est-il convaincu.

Au moment de la guerre froide, l’URSS était proche de certains pays africains comme le Burkina, l’Angola…
Après la dislocation du bloc soviétique, la Russie est devenue un nain en Afrique. En réalité la Russie n’avait pas besoin de l’Afrique contrairement aux Occidentaux.
La Russie est un pays à forte potentialité en matières extractives. C’est un pays qui se défend bien au niveau agricole. Là où la Russie a besoin de l’Afrique, c’est pour écouler les armes qu’elle fabrique. Elle vend à tout le monde en Afrique : États comme groupes armés de tous ordres. Les relations commerciales entre la Russie et l’Afrique sont faibles quand on compare à la Chine, à l’UE ou l’Inde.
Au niveau international, si la Russie ne pèse pas économiquement, elle est un ogre politique et militaire. Elle a droit aux chapitres au niveau du Conseil de Sécurité. Militairement, sa coopération militaire ou de défense n’a rien à envier aux Occidentaux.
L’Afrique quant à elle, désunie comme elle, est un continent très riche. Elle a un marché si propice que n’importe quel partenaire international s’offrirait à prix d’or. Elle est une terre où le commerce des armes prospère. Cependant, elle ne pèse pas au niveau international. Elle sous-traite sa politique et sa sécurité internationale et même nationale.
De façon objective, l’Afrique a besoin de la Russie. Mais pas forcément la Russie. C’est pourquoi vous pouvez compter les visites de Poutine en Afrique. Aujourd’hui, si la Russie envisage un retour en force en Afrique, c’est parce qu’elle veut surfer sur le désir réel et légitime des Africains qui la réclame pour contrer la politique ambiguë des Occidentaux notamment la France.

Pourquoi les Africains réclament la Russie ?
Ils la réclament pour jouir du poids politique international et militaire de la Russie. Les Africains sont sensationnels. Ils ont vu comment la Russie de Vladimir arrive à fausser les jeux des Occidentaux en Asie ou en Amérique du Sud. Le rapport de force tourne facilement à l’avantage des Russes sur des dossiers brûlants comme la Syrie, Venezuela.
Les Africains croient dur comme fer au complot occidental sur le continent notamment la France. Le FCFA, les rébellions et le terrorisme sont indiqués comme des accessoires des Occidentaux à tort ou à raison.
Les Africains voient en la Russie un messie. Celle-ci qui snobait l’Afrique à raison voit une opportunité pour encore rattraper son retard économique, mais aussi accentuer son avance politique sur des ennemis occidentaux. Si la Russie arrive en Afrique, elle le fera selon son agenda bien déterminé. L’Afrique devra en payer le prix fort.

L’arrivée de la Russie peut en réalité redistribuer les cartes. Certains pays qui la réclament peuvent bénéficier de leur présence, mais il est sûr que les Occidentaux ne se laisseront pas faire. Et c’est l’Afrique qui en paiera les peaux cassées.
Les Africains ont tort de vouloir sous-traiter leur sécurité. L’Afrique n’a pas compris que son seul salut c’est l’union vraie pour une Afrique unie. Cette Afrique unie dans le domaine économique, militaire et politique ne laissera aucune possibilité aux puissances internationales de prospérer sur notre dos.
Les Africains ont tort d’attendre le bon moment pour s’unir. Il est à croire que nous vivons sans vouloir jouer un rôle capital dans l’écriture de notre propre histoire.
Le retour de la Russie n’est pas flatteur pour l’Afrique. C’est encore un appel de pied pour être spectatrice de sa propre histoire.

Niarga Diop

Source : aBamako

aBamako

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here