Mali : un Dialogue National Inclusif sans l’opposition

Le président IBK a décidé de suivre à distance le Dialogue National Inclusif (DNI) qu’il convoquera dans les jours à venir et auquel l’opposition refuse de prendre part si certains préalables ne sont pas remplis.

Laisser les partis politiques dialoguer et ne pas influencer les décisions. C’est la position officielle du chef de l’État maliens vis-à-vis du dialogue national Inclusif qui doit s’ouvrir à Bamako pour des discussions. IBK participera cependant à la cérémonie d’ouverture de ces assises très attendues. Mais le discours qu’il a prévu de tenir ce jour-là, le président malien le tiendra devant une assemblée où les absents de poids, du côté de l’opposition, seront nombreux.

Cette absence, motivée par une volonté de répondre à une préoccupation de l’opposition qui l’accuse d’être à la fois « juge et partie », a ouvert la voie à un autre débat : celui sur l’identité du facilitateur qui conduira les débats.

Après des mois de crise politique au Mali, le dialogue voulu par le président IBK, accusé de dérive autoritaire, devrait s’ouvrir en l’absence des principaux partis d’opposition et de la société civile.

Le Mali, longtemps considéré comme un modèle de démocratie, traverse une période difficile avec cette crise multidimensionnelle. Les recommandations des manifestations populaires qui ont suivi, restent dans les tiroirs du régime IBK.

Mais la main tendue du pouvoir, qui avait promis de rassembler les différents courants politiques au terme du Dialogue National Inclusif, est vue par beaucoup comme un “non-évènement”. Si le contenu de cette rencontre – censée regrouper tout le monde – reste flou, le gouvernement a été clair : il ne s’agit “en aucun cas” d’une nouvelle “Conférence nationale” comme celle de 1991, qui avait mis fin au régime dictatorial du Général Moussa Traoré et insufflé un vent démocratique dans le Mali.

« C’est un dialogue National Inclusif pour résoudre des problèmes spécifiques et purement politiques. Ce dialogue ne postule pas qu’on débatte de ces questions devant la nation et que tout le monde s’y invite », martèle-t-on au sein de la mouvance présidentielle qui soutient : « La politique et les réajustements politiques ne sont pas l’affaire de la société civile ni du clergé ».

Des partis ont décidé de prendre part au dialogue national inclusif, mais uniquement ceux qui ont été reconnus officiellement comme des alliés par le gouvernement, dont beaucoup de satellites de la majorité présidentielle.

Ni l’URD de Soumaila Cissé, Chef de fille de l’opposition, ni le PARENA, de Tiébilé Dramé, ministre de la Diplomatie malienne, n’ont accepté les conditions légales posées par le gouvernement.

« On ne peut rien attendre de ce dialogue (…) L’initiative du chef de l’État est une initiative d’exclusion. De nombreux grands partis ne seront pas présent », a dénoncé le président du FARE, Modibo Sidibé, assurant que son parti ne participera pas au Dialogue National Inclusif.

« Pour un dialogue, il faut un médiateur impartial et que les camps antagoniques aient l’arbitrage nécessaire, ce qui n’est pas le cas. Il faut aussi que les décisions qui seront prises soient exécutoires, ce qui n’est pas le cas », a-t-il déclaré.

La crise du dialogue sur le « dialogue inclusif »

Autre poids lourd, la Plateforme politique ‘’An Ko Mali Dron’’ dirigée par Mme Sy Kadiatou Sow , a accepté le principe du dialogue, mais a posé des conditions.

«Nous voulons participer au dialogue national inclusif, mais le gouvernement et le chef de l’État en décidant de manière unilatérale du format, du contenu et des personnalités devant conduire le dialogue inclusif, fragilisent la légitimité du processus et le prive du terreau mobilisateur que constituent l’apaisement et le sentiment de confiance mutuelle », a expliqué Mme Sy Kadiatou Sow. Avant d’ajouter : « Le Dialougue doit être ouvert à tous les citoyens, à l’ensemble des forces vives de la nation comprenant des organisations autres que les faîtières d’associations, notamment les associations à caractère politique, les organisations professionnelles (telles que les chambres de métiers, d’agriculture, commerce…), groupes et mouvements ainsi que la Diaspora ».

Aussi, Mme Sy plaide pour que le DNI aborde les problématiques dont la résolution permettra de sortir le Mali de la crise multidimensionnelle : « Il ne s’agit donc pas de traiter quelques problèmes répondant aux seules préoccupations des tenants du pouvoir mais bien de permettre aux maliens de convenir des orientations majeures sur l’avenir du pays, sur l’infrastructure institutionnelle de notre État, sur notre vouloir républicain et démocratique, sur nos réponses aux exigences de l’intérêt général, aux frustrations dont souffrent les populations au quotidien, sur notre vivre ensemble dans une République et une Nation apaisées et soumises au respect des principes de justice et de redevabilité ».

De nombreux observateurs locaux et internationaux dénoncent régulièrement la gouvernance du président IBK. Peut-être n’est-il pas nouveau de souligner que le marasme politique n’engendre pas de vrai dialogue, et que le seul dialogue sérieux est celui qui vise à sortir de l’immobilisme.

Depuis le départ, les maliens ignorent sur quoi pourrait déboucher concrètement le Dialogue national inclusif. Donnerait-il lieu à un document général contraignant, à des recommandations ou à un programme de travail ? Et dans le cas d’un document contraignant, comment serait-il établi ? Par consensus ? Peut-on vraiment parler de consensus en l’absence de certaines forces, les unes exclues et les autres s’étant retirées ? Peut-on parler d’un consensus à propos d’un aussi grand nombre de problèmes ? Enfin, est-il concevable qu’une conférence dont la plupart des membres sont sélectionnés par un seul bord, et qui n’a donc pas un caractère représentatif, donne lieu à un document contraignant pour tous ?

Il est à noter que certains dirigeants politiques ont envisagé d’emblée que le Dialogue national inclusif débouche sur un document global qui serait approuvé par la majorité des participants. Mais, vu le manque de logique d’une telle proposition, ils se sont vite rétractés.

Cyrille Coulibaly

Source : aBamako

aBamako

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