Cour d’assises : Moussa Guindo écope de la peine de mort

Le procès de l’assassinat de l’imam Abdoul Aziz Yattabaré était fort attendu par le public. La cour n’est pas allée avec le dos de la cuillère avec l’accusé qui a formellement reconnu son crime à la barre

Le dossier le plus attendu de cette session de la Cour d’assises de Bamako a été examiné hier. Il s’agit du dossier relatif à l’assassinat de l’imam Abdoul Aziz Yattabaré dans lequel Moussa Guindo est inculpé. L’audience a été présidée par le magistrat Faradji Baba, assisté de Mamadou Sylla Diakité et Samba Tamboura. Le banc du ministère public était occupé par Karamoko Diakité, premier substitut du procureur général près la Cour d’appel de Bamako.

Tôt le matin, la  Cour d’Appel a été prise d’assaut par des centaines de Bamakois. à l’intérieur de la salle d’audience, il fallait jouer des coudes pour avoir une place. Tous voulaient assister à ce procès pour être témoins oculaires de la sentence que la juridiction serait amenée à prononcer. Car, ce crime odieux avait défrayé la chronique dans le pays au moment des faits.  Outre les  journalistes, on a constaté la présence de nombreux fidèles musulmans, notamment des imams des différentes mosquées de Bamako.

L’audience a commencé comme à l’accoutumée par la lecture de l’arrêt de renvoi par la greffière. Rappel des faits : dans la mosquée dite «de Yattabaré» à Médina-Coura en face du Stade Omnisports Modibo Keïta, Moussa Guindo avait pris l’habitude d’effectuer les cinq prières de la journée avec les fidèles musulmans. La victime Abdoul Aziz Yattabaré était l’imam qui dirigeait fréquemment les prières en tant qu’imam second. L’inculpé Moussa Guindo l’aurait connu dans la mosquée pendant des années avant de penser à nourrir un projet malveillant contre lui. Cette idée lui vint au moment où des informations sur l’enseignement d’un manuel scolaire comportant des pratiques contraires aux mœurs, circulaient dans les milieux religieux, à Bamako et ailleurs, notamment l’homosexualité. Ainsi, le 19 janvier dernier, vers 5 heures du matin, Moussa Guindo quitta son dortoir dans un magasin contigu à la mosquée, muni d’un objet contondant, un gourdin, un couteau, pour attendre dans la rue que l’imam Yattabaré empruntait pour accéder à la mosquée.

Comme d’habitude, l’homme de Dieu quittait chez lui à cette heure pour diriger la prière du Fadjr. à mi-chemin entre son domicile et la mosquée, il fut abordé par le nommé Moussa Guindo qui lui posa deux fois la question « Qu’est-ce que je t’ai fait ?». L’imam ne sachant pas quoi répondre, continua son chemin. N’ayant pas répondu, Moussa Guindo le terrassa d’abord avant de lui assener plusieurs coups avec son gourdin à la nuque et d’autres parties de son corps.

La victime, surprise par ces gestes, n’a pas eu le temps de crier au secours et son bourreau lui donna plusieurs coups de couteau. L’imam mortellement atteint s’est efforcé de rejoindre la mosquée avant d’être identifié par le muezzin. Ce dernier avait observé la scène et entendu les propos de l’inculpé, mais il pensait plutôt à une altercation entre délinquants. Mais lorsqu’il identifia la victime, le muezzin cria au secours pour alerter les fidèles qui étaient dans la mosquée. Ces derniers sans perdre de temps sortirent et transportèrent la victime Yattabaré à la clinique Pasteur où il rendit l’âme quelques instants plus tard.

Après son forfait macabre, Moussa Guindo alla se déclarer au commissariat du 3è arrondissement qui ouvrit immédiatement une enquête sur instruction du procureur de la République. Interrogé, comme il ressort de l’arrêt de renvoi que Moussa Guindo a clairement reconnu les faits à l’enquête préliminaire et devant le magistrat instructeur. à ces deux niveaux, il a soutenu qu’il avait pris l’initiative d’assassiner I’imam Abdoul Aziz Yattabaré, en plus des leaders religieux à savoir Chérif Ousmane Madani Haïdara et l’imam Mahmoud Dicko ainsi que le président de la République. Quant à l’imam assassiné, le bourreau dit avoir pris la décision une semaine avant de passer à l’acte. Que seulement, son projet aurait un peu tardé parce que l’imam ne venait pas un moment à la mosquée. C’est ainsi qu’il fut inculpé d’assassinat, crime de torture, outrage envers dépositaires de l’autorité ou de la force publique. D’où son renvoi devant les jurés de la Cour d’assises pour être jugé conformément à la loi.

à l’audience, l’assistance était en haleine dans la salle. C’est un accusé de trois chefs d’accusation, calme, serein, habillé d’un t-shirt sur un pantalon «Jean» bleu, qui se présenta à la barre. Face aux jurés, l’inculpé d’une sérénité absolue reconnut sans ambages les faits à lui reprochés. Moussa a déclaré avoir été dénigré par l’imam à travers ses prêches par le fait qu’il aurait dit ouvertement qu’il n’allait pas effectuer la prière mortuaire sur un faux musulman. Par ailleurs, il a dit que l’imam l’aurait pris pour cible en lançant à ses trousses Soloni Tondjan, un délinquant connu du secteur. C’est pourquoi, il serait parti se plaindre au niveau du Haut conseil islamique contre l’imam mais sa plainte serait restée sans réponse. « Il a envoyé des bandits pour me tuer et m’interdire de participer à la prière mortuaire », a-t-il déclaré.

Selon Moussa Guindo, l’imam l’aurait poussé à s’en prendre à lui. Et d’ajouter que le jour des faits, il était allé voir la victime dans l’intention de lui demander sur les faits en rapport avec l’homosexualité. Et que non content des réponses de ce dernier, il s’en est pris à lui. L’un des juges de lui demander qui l’avait envoyé. « Personne, je suis allé lui demander pourquoi il m’avait envoyé Soloni Tondjan. L’imam m’a répondu qu’il avait signé avec Haïdara, l’imam Dicko et IBK, la loi sur l’homosexualité. Ses réponses ne m’ont pas plu et je l’ai tué», a déclaré l’accusé. Et un autre juge de lui demander comment il s’en était pris ? Moussa expliqua avoir attendu la victime dans le quartier, quand il passait pour l’aborder. « Je l’ai bastionné avant de le poignarder», dit-il. Combien de coups as-tu administré à ta victime ? Moussa dit l’ignorer, mais affirme l’avoir laisser en vie avant d’aller se rendre à la police du 3è arrondissement. Cela dans le seul but de se protéger après son acte ignoble. Une déclaration qui a poussé le président de la cour à savoir s’il était conscient de la gravité de son acte au moment des faits.

L’inculpé a répondu qu’il était conscient de son crime. Mieux, il n’avait pas de remords après son acte. Chose qui était perceptible par son attitude à la barre. à la question du mobile du crime, même s’il était évasif et incohérent, l’inculpé a déclaré avoir assassiné l’imam pour son accord avec le président de la République sur la question de l’homosexualité. à la demande de la cour s’il avait entendu l’imam Yattabaré prêcher sur l’homosexualité, Moussa Guido a répondu qu’il ne l’avait jamais entendu parler de ce sujet. « J’ai mûri le plan le jour j de 20 h à 06 h du matin. L’arme du crime, le bâton je l’ai ramassé au marché. quand au couteau, je l’ai acheté pour mes besoins», a-t-il ajouté. à la demande d’un des jurés à savoir pourquoi s’en prendre au président de la République, Moussa expliqua que cela date du moment où il se trouvait en Guinée Équatoriale où il avait fait la prison. “ Le consulat n’avait rien fait pour m’aider”, dit-il. à la suite des questions de la cour pour savoir comment il s’y était pris et pourquoi, il était allé voir l’imam avec un gourdin et un couteau ? L’accusé est resté incohérent et n’a pu donner de précisions.

Durant 1 h et demi, l’accusé, après avoir reconnu les faits, n’a pu donner de précisions sur le mobile qui l’avait poussé à commettre cet acte ignoble. Tantôt, il déclare avoir agi par le fait que l’imam l’avait interdit d’assister à la prière mortuaire. Tantôt, il soutient que ce dernier avait envoyé des bandits pour le tuer et qu’il aurait pris les devants.

Démence ou paranoïa ? La cour a appelé le nommé Ousmane Bah, muezzin pour son témoignage. Ce dernier a déclaré que le jour des faits, il avait pris du retard pour la prière du Fadjr. Après avoir fait ses ablutions, à sa sortie, il aurait entendu un cri : «Je vais te tuer». C’est ainsi qu’il a aperçu dans le noir deux hommes en train de se battre, l’un était par terre et l’autre assénait des coups. De loin, il prit cela pour une dispute entre deux vagabonds. En larmes, il ajoutera que ce n’est qu’après quelques instants qu’il a pu se rendre compte que c’était l’imam Yattabaré qui était agressé. à la question de la cour de savoir quel était le lien entre l’accusé et la victime à la mosquée ? Le muezzin répondit qu’il n’y avait aucun lien entre eux. « C’était un fidèle parmi tant d’autres qui venaient régulièrement prier. Avant le jour des faits, il a prié avec nous à 16 h», a-t-il témoigné.

Pour la partie civile représentée par deux conseils, le crime a été commis nuitamment et dans un guet-apens en affligeant la mort par torture à la victime afin d’avoir ses aveux sur l’homosexualité. L’un des avocats est revenu sur les faits tels qu’ils se sont passés. Mieux, il a expliqué en détail près la scène du crime. Il a qualifié l’accusé de dangereux et de criminel. La partie civile est allée jusqu’à montrer l’intention criminelle de l’accusé qui était d’assassiner l’imam en le  torturant. Selon lui, le cheminement intellectuel de son crime est établi, il ne l’a pas caché. L’avocat de la famille de la victime a balayé toute question de démence sur les faits reprochés.  Enfin, il a explicité le rapport d’analyse qui stipule que l’accusé est atteint de paranoïa et non de démence. C’est pourquoi, le conseil a sollicité la cour d’entrer en voie de condamnation contre l’inculpé en ne lui accordant aucunes circonstances atténuantes.

Dans son réquisitoire, le ministère public a tout simplement écarté les infractions de torture et d’insultes aux personnalités publiques. Pour la simple raison que juridiquement, ces infractions n’existent pas. En revanche pour l’infraction d’assassinat, le parquet a sollicité à la cour d’assoir la culpabilité de l’accusé. « Il l’a tué pour ses prêches contre l’homosexualité. Il a volontairement donné la mort et c’était prémédité », a martelé le parquet. Le défenseur des citoyens a aussi balayé la question de la démence car, selon lui, l’accusé avait la capacité de décernement au moment des faits. Le parquet est allé jusqu’à dire qu’en aucun moment, l’accusé n’a exprimé le moindre remords, c’est pourquoi il a requis de ne pas accorder de circonstances atténuantes.

La défense de l’accusé a soutenu que le dossier était très sensible. « Je ne défends pas les faits, je défend l’homme. Ici on a tenté de diaboliser l’inculpé », a plaidé l’avocat, ajoutant qu’au moment des faits, la démence était établie. Le certificat médical était bel et bien établi par un professionnel. Mieux, l’avocat de la défense dira que le réquisitoire du parquet ne peut pas écarter une expertise médicale. « C’est un autre rapport qui peut écarter un rapport médical déjà établi», a soutenu l’avocat défenseur qui a plaidé pour l’application de l’article 28 du Code de procédure pénale.

En réaction, la partie civile a expliqué n’avoir pas l’intention de faire un autre rapport et que le rapport présent suffit largement pour assoir la culpabilité de l’inculpé. Elle ira jusqu’à dire qu’en aucun moment, le rapport ne parle de démence mais de paranoïa contrairement à ce que la défense veut faire croire.

A la lumière de tout ce qui a été dit et démontré, la cour a reconnu coupable l’accusé des faits d’assassinat sur l’imam avec le non bénéfice de circonstances atténuantes. Reconnu coupable du crime d’assassinat, le parquet a requis la peine de mort. Pour sa part, la défense s’est tout simplement pliée à la décision de la cour.

A l’issue des débats, la cour dans sa sagacité a finalement suivi le ministère public dans son réquisitoire et a condamné l’accusé Moussa Guindo à la peine capitale. En outre, il doit s’acquitter du paiement d’un franc symbolique comme dommages et intérêts demandés par la partie civile.

Tamba CAMARA

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Source : Maliweb

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