Réparation des dommages de la crise: les victimes accusent, la CVJR se défend

Dans le cadre des activités de la semaine des victimes, la Commission justice, vérité et réconciliation (CVJR) a organisé, le mardi 19 novembre, une conférence-débat pour expliquer son mandat, ses actions menées, et ses perspectives. La conférence s’est déroulée à la Maison de la presse, en présence de plusieurs victimes. Cette conférence-débat a été l’occasion pour certaines victimes de dire leurs quatre vérités aux responsables de la CVJR.

Le principal conférencier était Me Alioune KEITA. Il a commencé par expliquer le mandat de la CVJR et le contexte de sa création. Me KEITA a expliqué que la CVJR est chargée, entre autres, d’enquêter sur les cas de violations graves des droits de l’homme individuelles et/ou collectives commises dans le pays, et spécifiquement celles commises à l’égard des femmes et des enfants ; de mener des enquêtes sur les cas d’atteinte à la mémoire individuelle et/ou collective et au patrimoine culturel ; d’établir la vérité sur les violations graves des droits de l’homme et les atteintes aux biens culturels ci-dessus cités, en situer les responsabilités, et proposer des mesures de réparation ou de restauration; de créer les conditions de retour et de la réinsertion sociale des personnes réfugiées et déplacées…
Au chapitre des réalisations, il a expliqué les outils développés pour la manifestation de la vérité. Il s’agit de l’enregistrement des dépositions des victimes au niveau des antennes régionales et au niveau des camps des réfugiés.
Le conférencier a informé qu’à la date du 4 novembre 15 396 dépositions ont été recueillies. Il a expliqué que dans le souci de bien sécuriser ces données et pour une meilleure approche dans la collecte et le traitement des dépositions, la CVJR dispose d’une base des données.
En se prononçant sur les causes profondes du conflit, le conférencier Me Alioune KEITA a indiqué qu’une étude a été faite en mai 2017 avec le soutien de l’Union Européenne dans le cadre du contrat d’Assistance technique signé avec le bureau d’études Transtec, sur financement du Projet d’Appui à la Réconciliation et à la Résolution du Conflit au Mali (ARCOMA).
Aussi, informe-t-il qu’il a été procédé à une écoute des Grands Témoins, dans le cadre de la recherche de la vérité. Il s’agit de l’écoute des « Grands Témoins » détenant des connaissances ou des expériences clés pour faire la lumière sur le contexte des violences au Mali.
« Ces écoutes ont touché 63 personnes à travers le Mali. Les témoins ont été choisis par la CVJR sur la base des critères préétablis et entendus sur les causes profondes auparavant identifiées », a noté Me Alioune KEITA.
Il a précisé que les enquêtes de la CVJR sont des enquêtes non judiciaires et ne visent pas à établir des responsabilités individuelles ou à rechercher des auteurs pour des fins de poursuites pénales. ‘’Elles visent plutôt à corroborer et/ou à compléter les informations de certains « cas emblématiques » des violations comprises dans le mandat de la CVJR, afin d’appuyer les interprétations et les recommandations de son rapport final’’, a souligné Me KEITA.
Abordant la question de la réparation des dommages que les victimes attendent de pied ferme, le conférencier a expliqué que les réparations de la CVJR concerneront des actions d’aide médicale et/ou psychologique à l’intention des victimes qui sont dans un besoin urgent d’accompagnement.
Il a par ailleurs ajouté que le document sur la politique de réparation est pratiquement en phase de finalisation. L’on apprend que de ce document est assorti des avant-projets de loi et de décret et sera bientôt soumis au Gouvernement.
Dans le domaine de la sensibilisation, le conférencier a informé que la CVJR a effectué des missions dans toutes les régions du Mali et même dans les camps de réfugiés de la Mauritanie, du Niger et du Burkina Faso.
Comme difficultés, les responsables de la CVJR pointent du doigt l’insécurité récurrente dans les régions du nord et du centre de notre pays, l’impatience de certains déposants à connaître le sort de leurs dossiers ; la difficile compréhension du mandat de la CVJR.
En termes de perspectives, la CVJR est dans la dynamique de poursuivre le déploiement des équipes mobiles, de finaliser sa politique de réparation, d’organiser des audiences publiques et poursuivre les enquêtes de terrain.
Dans les débats, des victimes n’ont pas caché leur mécontentement face à l’approche de la CVJR. La Commission est accusée de ne pas coopérer avec les victimes. Beaucoup d’intervenants ont dénoncé la non-implication des victimes pour la prise des décisions au sein de la CVJR. D’autres ont critiqué le fait que les victimes vivent dans les conditions misérables et que la CVJR peine à trouver des solutions.
Dans ses réponses, le conférencier est revenu sur le mandat de la CVJR pour balayer d’un revers de la main les accusations contre la structure.
À la fin de la conférence, le constat qui se dégage est que beaucoup de victimes sont reparties sans être satisfaites. Leur souhait est que les préjudices subis soient purement et simplement réparés et la CVJR est vue comme la structure qui a été mise en place à cet effet.

PAR MODIBO KONE
ET RAHMATOU SALL

Source : aBamako

aBamako

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