59 ans après sa création: L’armée malienne entre défis de reconstitution et menace terroriste

Près de soixante ans de sa création, la mission originelle de l’armée malienne qu’est la sécurisation des personnes et de leurs biens reste encore au centre des questionnements. Quelles sont donc les causes de cette décadence ? Quelles peuvent être les solutions pour surmonter les obstacles, dont la menace terroriste qui s’est transportée de la partie septentrionale au Centre du pays ?

Quelques claquements de main au Père de l’indépendance et ses collègues ! Modibo Keita,à la suite de la naissance de la République du Mali, avait donné une lueur d’espoir au peuple malien dans son ensemble. Quelque quatre mois seulement après la proclamation de l’indépendance, l’armée malienne qui venait aussi de naitre était d’abord et avant tout la marque de la souveraineté du Pays. Elle se devait d’assurer l’intégrité du territoire, garantir la protection des personnes et de leurs biens, protéger les institutions de la République entre autres. Avec les 3500 Hommes qui ont accepté d’y enrôler, le dispositif militaire malien a fait ses preuves sous le leadership du président Modibo Keita. Elle a participé aux maintiens de paix en République démocratique du Congo (ONUC) de 1960 à 1964. Mais 59 ans après, les failles des exécutifs l’ont réduite en une force de figuration, de réaction et de répression des manifestations anti régime.

Une histoire mouvementée

Bien que le 20 janvier1961 soit retenu comme la date de la création de l’armée malienne, la genèse du dispositif militaire malien remonte à 1959, lorsque le Soudan et le Sénégal décidèrent de créer une Fédération du Mali dont la Constitution fut approuvée fin janvier. Après la nomination de Modibo Keita, le 4 avril, comme président, il a choisi le colonel Abdoulaye Soumaré comme chef d’état-major général des armées de la Fédération, et a rappelé de Madagascar en février les capitaines Pinana Drabo et Sékou Traoré auxquels la mission de la formation de la future armée nationale a été assignée. Selon des témoignages, plusieurs autres officiers soudanais (appellation du Mali sous le colon) dispersés dans les différentes colonies de la Communauté française ont été invités à revenir à Bamako. Une réunion eut alors lieu quelque temps après au Grand Hôtel de Bamako entre le colonel Soumaré et les capitaines Sékou Traoré, Ould Issa, Balla Koné et Malick Diallo. Ainsi, ils élaborèrent l’architecture militaire qui a été proclamée le 1eroctobre 1960 soit environ quatre mois plutôt le départ du dernier contingent français le 20 janvier 1961.

Un coup d’État répercutant

Avec trente et cinq mille hommes pour quatre bataillons de commandos autonomes, l’armée malienne était parmi les forces les plus solides au plan sous-régional même après le 19 novembre 1968, l’année où un groupe d’officiers subalternes renverse le président Modibo Keïta et prend le pouvoir par les armes. En détourant le cadre originel de l’opération, le lieutenant Moussa Traoré restera ainsi à la tête du pays jusqu’en 1991: l’année où lui-même venait d’être renversé par un autre groupe de sous officiers à leur tête Amadou Toumani Touré qui accepte, cette fois-ci, de livrer le pays aux « démocrates » après un processus référendaire et une élection dite « libre et transparente ».Certes, pas une grande stabilité économique sous son administration, mais les Maliens ont joui de la paix et de la stabilité sur l’ensemble du territoire, à l’intérieur de frontières sécurisées. Ils vaquaient en toute quiétude à leurs activités. Selon nos investigations, sous Moussa Traoré, le pays possédait une flotte aérienne constituée de 36 aéronefs : 16 Mig 21, 20 Mig 15 et 17, dont une partie héritée de Modibo Keïta, 3 Mig 23 commandées. L’armée de terre était également équipée de chars T 54 Soviétiques, T 64 Chinois, T 76. Une artillerie redoutable avec ses BM 21 rendait davantage redoutable cette armée. Elle disposait de bombes traçantes, des bombes qui par un système de guidage électronique atteignaient toujours la cible en dégageant une chaleur égale à 2000°.

De la démocratie à l’avilissement de l’armée nationale

Le constat est amer. Après l’élection du premier Président démocratique Alpha Oumar Konaré, l’armée s’est malheureusement retournée contre le peuple devenant un bouclier pour les politiques. « Celui qui ne sait pas qu’il ne sait pas, mais qui continue à croire qu’il sait est plus fou que le fou ». Cette citation dont nous utilisons dans nos langages prend corps avec l’attitude des premiers arrivants de l’ère démocratique qui ont, espérons-le, pensé que la paix ne se construit qu’avec l’incinération de l’outil de défense alors que « qui veut la paix prépare la guerre ». L’armée a été ainsi abattue physiquement et moralement. Elle tombe encore plus bas sous le règne du président Amadou Toumani Touré étant bien officier de l’armée. C’est sous son régime que les recrutements militaires ont commencé à servir de moyens de récompense pour les auxiliaires, les parents et les beaux-parents. Les recalés du DEF ou encore du BAC n’avaient plus d’autres destinations que d’intégrer l’armée. Les effectifs de l’armée furent ainsi grossis par des hommes sans convictions ni amour pour la partie. Bien qu’il y’a des hommes qui sont conscients de leur raison d’être sous le drapeau, force est de reconnaitre qu’il y en a qui ne se ne résument qu’à la recherche du pain quotidien. La corruption, les arnaques, les raquettes sont désormais les déviances auxquelles se livrent la plupart des corps militaires et paramilitaires qui devraient être pourtant le garant de la souveraineté de l’État. Bien qu’elle soit parmi les plus faibles au monde, l’armée malienne comprend le plus grand nombre d’officiers. La floraison des généraux bureaucrates, souvent pour familialisme ou pour contribution politique, a engendré la chute vertigineuse du niveau de formation des porteurs.

Défis de reconstruction et la menace terroriste

Le PM Boubou Cissé au camp Soundjata de Kati ,20 janvier 2020

L’armée malienne doit intensifier son processus de reconstruction pour faire face à la menace terroriste qui s’étend. L’année 2019 qui vient de finir a témoigné par son triste maillage dramatique que beaucoup de choses restent à faire et à refaire. Si l’une des recommandations du comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l’État, dirigé par Amadou Haya Sanogo, en avril 2012, était le manque d’armements; il est à reconnaitre qu’il reste encore sur les lèvres nonobstant la mise en exécution de la Loi d’Orientation et Programmation Militaire 2015-2019 qui selon le gouvernement, a permis l’acquisition du matériel majeur, la réhabilitation et la fortification des camps ainsi que la rénovation d’autres infrastructures. « Les capacités de nos forces se sont accrues par la mise à disposition de véhicules légers de combat, de véhicules blindés de transports de troupes, de camions militaires tactiques, de gilets pare-balles, de casques balistiques, d’hélicoptères de combat neufs ou reconditionnés », s’est félicité le Président Ibrahim Boubacar Keita lors de son adresse à la nation la nuit du dimanche 19 au lundi 20 janvier 2020. Au-delà de cette citation, bien que salutaire, ne pourra rassurer que de faibles esprits. Il est à signaler que la ruée des chefs d’État du Sahel sur la France pour aide à la restauration de l’intégrité des pays menacés explique la faille des plans locaux de sécurisation dont les différents gouvernements ont opté ces dernières décennies. Selon nos enquêtes, l’armée malienne comptait en mai 2017 16 200 hommes. Un nombre insuffisant pour la sécurisation d’un pays avec une superficie de plus de 1 240 000 km soit plus 7200 km de frontières.

Eu égard à l’état du dispositif militaire, le gouvernement doit procéder :

-au retour immédiat des forces de défense sur toutes les zones hors contrôles avec les administrations publiques ;

– à la dissolution de toutes les milices ;

-A une vaste formation programmée des militaires sur l’offensive à outrance qui, couplée avec la distribution, permettra d’éradiquer les bases terroristes et de retisser la confiance entre l’outil militaire et les populations locales ;

-la mise d’un frein à l’émergence des réseaux mafieux autour des différents processus de recrutement ;

-Et enfin à la création d’un centre d’études sur le terrorisme.

Seydou Konaté

LE COMBAT

Source : aBamako

aBamako

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