La Cmas de l’imam Mahmoud Dicko et la théorie de l’intégration subversive

La chute du Général Moussa Traoré en mars 1991 a débouché sur la conférence nationale du 29 juillet au 12 août 1992, qui formula des résolutions comme l’adoption d’une nouvelle constitution, l’organisation d’élections présidentielle et législatives, entre autres. Ainsi, cette nouvelle constitution, adoptée le 25 février 1992, entérina effectivement l’ouverture démocratique à travers notamment le multipartisme intégral.

28 ans après, la Cmas, face à certains questionnements, semble s’appuyer sur ce principe du multipartisme intégral (base légale) pour dire aux Maliens (ne comprenant pas la venue de ces acteurs en politique) que le jeu démocratique est ouvert à tous les citoyens sans exclusive aucune. Autrement dit, le mouvement politique cherche à faire comprendre que l’opinion et la pratique religieuses du citoyen ne peuvent être des motifs d’exclusion de celui-ci de l’arène politique.

Mais, au-delà des questions de droit, des jugements de valeur, des étonnements, des craintes, des admirations, bref, des perceptions et des ressentis des uns et des autres, quelles déductions pouvons-nous faire (sur le plan intellectuel) de cet intérêt de l’Imam et ses ‘’adeptes’’ pour le contrôle et la gestion des affaires publiques ?

En observant et en analysant la stratégie de la Cmas, nous nous sommes remémorés certaines notions (dont la théorie de l’intégration subversive) plus ou moins élémentaires reçues de nos années de formation politique subie dans les milieux progressistes. En effet, si la plupart des stratégies de luttes sociales se dessine en considérant que la lutte est d’abord une contradiction ou encore une opposition tranchée entre au moins deux camps qui s’affrontent sur plusieurs terrains (idéologique, politique, économique, social etc.), l’intégration subversive, quant à elle, prône plutôt l’incorporation sinon l’entrée des lutteurs dans les organismes (institutions) du système qu’ils combattent.

Cette incorporation ou intégration doit donc leur permettre de s’approprier ces institutions, d’utiliser leur force afin de les changer à partir de l’intérieur. À titre d’illustration, nous évoquerons le cas de Jean Ziegler.

En effet, Jean Ziegler, ayant rencontré Che Guevara pour la première fois dans son hôtel à Genève, proposa à celui-ci de rejoindre ses rangs à Cuba et participer aux guerres contre l’hégémonie américaine. C’est ainsi qu’en réponse, le Che lui enseigna l’intégration subversive en lui disant que la ‘’tête du monstre se trouve à Genève’’ qu’il pourrait donc rester à Genève, intégrer le système à partir de là et travailler à le changer de l’intérieur.

Ce militant altermondialiste, sociologue, rapporteur spécial auprès de l’ONU sur la question du droit à l’alimentation dans le monde et vice-président du comité consultatif du Conseil des droits de l’homme des Nations unies, est peut-être le fonctionnaire onusien le plus critique à l’égard du système de gouvernance mondiale.

C’est donc dire, que les tendances anticonformistes et antisystèmes qui s’invitent dans le jeu politique et institutionnel sont toutes déterminées à changer les choses en profondeur. La question est donc : quel mode de gouvernance ou quelle forme d’Etat voudraient les acteurs de la Cmas en lieu et place de notre système actuel ?

Pour répondre à cette question, il nous paraît nécessaire de procéder à un profiling de l’autorité morale du mouvement, le respecté imam Dicko afin de supposer les grandes orientations principielles d’ordre idéologique et politique que la Cmas pourrait avoir.

L’homme peut être décrit comme un adepte du conservatisme, très fier de nos valeurs ancestrales. En effet, il paraît également très attaché aux valeurs directement liées à notre identité de Malien et demeure allergique au paternalisme surtout venant de l’extérieur. Aussi, faut-il souligner que les grands traits de sa personnalité lui viennent des préceptes de l’islam et il est peu enclin à accepter le relativisme de la morale, comme on le trouverait dans la philosophie occidentale.

Il n’aurait qu’une seule morale, celle de la religion musulmane. Même si l’homme est reconnu comme étant quelqu’un de tolérant, les modes de vie contraires à la pratique rigoureuse de l’islam lui posent évidemment problème alors que l’Etat du Mali (organe politique centralisé) est laïc. 

Ainsi, à la lumière de ces éléments qui définissent la personnalité de l’homme, considérant sa parfaite influence sur le mouvement (la Cmas), nous pouvons d’ores et déjà imaginer ce à quoi pourrait ressembler la gouvernance sous la Cmas.

Un Etat où l’essentiel de nos lois pourraient être d’inspiration morale. Ses fondements seraient également moraux. L’Etat qui doit normalement raisonner en termes d’intérêts économique, politique et stratégique, dans un monde globalisé, pourrait désormais définir sa politique extérieure en fonction des proximités idéologiques et religieuses. Un Etat comme le Mali ne pourrait évidemment pas tenir une telle position dans un contexte mondial caractérisé par l’intégration (l’ouverture tous azimuts).

En outre, une autre lecture que l’on pourrait faire de cette intégration de la Cmas est le besoin de se sentir en sécurité. En effet, la dernière grande bataille que les initiateurs de cette organisation ont livrée contre le Premier ministre Soumeylou Boubèye Maïga et ses réseaux laisse forcément des soupçons sur une possible vengeance qui sera fatale pour l’imam et son entourage. Autant donc rester éveillé et se tenir prêt au cas où celui-ci signerait son retour aux affaires.

En tous les cas, sachons compter sur le patriotisme du respecté imam et osons croire qu’il sera suffisamment sage pour comprendre que le monde a changé. En attendant, observons !

Mamadou Lamine SIBY dit Malla/Analyste et homme politique

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Source : Maliweb

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